Loisirs et culture

Documentaire : « Non assistance à personne en danger »

Aurélia Bloch est journaliste. On l’a vue animer des chroniques dans des émissions populaires telles que « C’est au programme » ou « Télématin« , chroniques au ton léger agrémentées de pointes d’humour. Pourquoi donc a-t-elle choisi de réaliser un documentaire sur le délicat sujet de la non assistance à personne en danger ?

Photo extraite du documentaire « Non assistance à personne en danger » – Aurélia Bloch

C’est l’agression d’une jeune mère de famille le 25 avril 2014 dans le métro de Lille qui a tout déclenché. La jeune femme n’était pourtant pas seule mais voilà, les passagers présents dans le wagon n’ont rien fait, pire, ils ont fait mine de ne pas voir. Cette situation, Aurélia Bloch l’a vécue 10 ans plus tôt, se retrouvant spectatrice d’une agression dans le train qui l’emmenait vers la Gare Saint-Lazare à Paris. Elle aussi a baissé les yeux, elle aussi a fait fait mine de ne pas voir ni entendre. Une double peine pour la victime qui obtient l’indifférence plutôt que l’aide.

C’est en racontant cette scène qui la hante depuis lors qu’Aurélia Bloch introduit son documentaire. Elle s’appuie sur les témoignages de victimes, de psychologues, d’avocats et d’experts de la sécurité, illustrés par des situations réelles. La journaliste, avec l’aide d’une spécialiste du sujet, a par ailleurs choisi de filmer une simulation d’agression en caméra cachée et d’en décortiquer les séquences en fonction des scenarii. Une expérience édifiante qui illustre très intelligemment le poids du collectif et le fameux « effet spectateur » selon lequel plus il y a de témoins, moins l’individu sera poussé à agir car la réaction individuelle est influencée par celle des autres et la responsabilité est diluée.

Le téléspectateur devient alors lui aussi spectateur et la question s’impose d’elle-même : qu’aurais-je fait ?

Un documentaire bien construit, pertinent, qui ne cherche pas la disculpation ni la rédemption mais tend à analyser et comprendre ce qui pousse les spectateurs à agir ou ne pas agir. Il n’est pas non plus question ici d’incrimination ou d’accusation.

D’aucuns s’engouffreront dans la conclusion facile d’une société individualiste et lâche. Aurélia Bloch va plus loin et s’attaque à la mécanique complexe du schéma de décision en situation d’urgence. Cette urgence qui confronte la nature humaine à ses peurs profondes : la peur de décider et d’endosser seul une responsabilité, la peur de venir en aide et de se retrouver à son tour victime. C’est un documentaire qui ne laisse pas indifférent, qui se veut pédagogique pour inviter à la réflexion et tenter de changer les points de vue.

A voir ou à revoir ICI.

« La non-assistance à personne en danger est le fait de ne pas porter secours à quelqu’un qui est en détresse. Pour qu’il y ait non assistance à personne en danger, il faut que les éléments suivants soient réunis :

  • La personne en danger fait face à un péril grave et imminent, qui menace sa vie ou son intégrité
  • Le témoin a conscience de ce danger
  • Le témoin s’abstient d’intervenir pour empêcher qu’un crime ou qu’un délit soit commis contre l’intégrité physique de la victime, ou d’aider la victime, ou d’alerter les secours.

Il faut que l’aide apportée à la victime n’expose pas le sauveteur ou quelqu’un d’autre à un danger. Par exemple, en cas d’incendie, le fait de ne pas se jeter sans protection dans les flammes pour tenter de sauver une victime ne peut pas être condamné. Par contre, le fait de ne pas alerter les secours oui.

Cette abstention est punie par la loi.

Lorsque les conditions sont réunies, la non-assistance à personne en danger est punie par la loi et l’auteur peut être poursuivi devant le juge pénal. La victime pourra aussi demander une indemnisation.

La personne coupable de non-assistance à personne peut être condamnée à une peine pouvant aller jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende. » Source Service-Public.fr

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10 réflexions au sujet de “Documentaire : « Non assistance à personne en danger »”

      1. Voici ce que j’ai pensé en regardant le reportage. Je ne sais pas ce que j’aurai fait à la place de la journaliste il y a 10 ans. Quand tu es une femme et se retrouver seule face à une situation pareille il faudrait beaucoup de courage pour intervenir face à des salopards (le mot est faible) pareils. Le cas de la dame agressée tranquillement et personne qui bouge c’est révoltant aussi mais avec le reportage tu comprends beaucoup de choses et c’est d’ailleurs l’intérêt de le regarder et merci à toi d’avoir partagé. Je vais regarder le débat ce soir car je me suis endormie après 10 min il était tard mais il a l’air intéressant aussi. En tout cas heureusement que ce soit puni par la loi car le type (qu’ils n’ont jamais retrouvé malgré les caméras) qui se retourne en voyant le jeune tomber dans la rame de métro est un vrai c……… il pouvait aider et il a tourné le dos ! Pfffffffff…

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      2. Merci pour ton retour !
        Comme tu le dis, intervenir seule dans de telles situations n’est pas simple ni même recommandé.
        Dans mon ancienne vie professionnelle, j’ai eu la chance d’être formée aux situations de crise et d’urgence. Le premier bon réflexe à avoir est de ne surtout pas intervenir mais de donner l’alerte si cela est possible. Dans les transports, actionner l’arrêt d’urgence peut avoir un effet sur les agresseurs et déclencher l’intervention des secours. Cette seule action demande du sang-froid.
        Les formations aux premiers secours arrivent tout juste à l’école. Il était temps ! Il y a 15 jours j’étais dans une manifestation au cours de laquelle les pompiers faisaient une démonstration de premiers secours. J’ai été effarée de voir qu’au sein d’un groupe d’une quarantaine de personnes, j’étais visiblement la seule à savoir faire un massage cardiaque et mettre une personne en position latérale de sécurité.
        Il y a encore beaucoup de travail dans ce domaine !

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  1. Il y a 17 ans, j’étais à Roma avec ma femme à l’époque. Nous étions à la gare Termini, la plus grande de la ville. Peu après que nous sommes descendus d’un train, quelqu’un a commencé à tirer ! J’ai essayé de courir vers le son, mais elle m’a attrapé par le bras et nous s’en sont allés pour la sortie comme tout le monde. C’est la seule fois dans ma vie où j’ai essayé d’aider dans une telle situation, mais honnêtement, je ne suis que rarement proche de telles situations.

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      1. C’est bien résumé… j’ai d’ailleurs le souvenir de wagons entiers de travailleurs plongés chacun dans son livre ou faisant semblant de poursuivre leur nuit pour ne pas se faire remarquer par un prédateur éventuel… dans la survie, il faut se fondre dans le décor et tu deviens vite de la même couleur que celui qui t’entoure. ♥

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  2. Hello Maman lyonnaise
    Un sujet grave et de plus en plus d’actualité, hélas.
    Je n’ai jamais été confrontée à une telle situation et je ne sais pas comment je réagirais « à chaud ».
    Comme tu le dis, ça peut être très risqué de s’interposer dans une agression 🙄
    Bon we
    Gros bisous

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